Toutes les rimes ne se valent pas à l'oreille, et la tradition poétique française les classe en trois niveaux selon le nombre de sons communs.
La rime pauvre partage un seul son
« Ami » et « joli » riment sur le seul son [i] : c'est le minimum pour qu'il y ait rime, et le résultat reste discret, presque neutre à l'oreille.
La rime suffisante partage deux sons
« Chanson » et « maison » partagent [ɔ̃] et la consonne qui précède : deux éléments identiques, ce qui rend la rime plus nette sans devenir spectaculaire. C'est la catégorie la plus fréquente dans la poésie française, celle qui ne se remarque pas mais qui tient le vers.
La rime riche partage trois sons ou plus
« Vaillamment » et « brillamment » partagent la syllabe finale entière : la rime devient franche, presque ostentatoire. Utilisée avec parcimonie, elle marque un vers ; répétée sans discernement, elle peut lasser en donnant une impression de facilité.
Aucune des trois n'est supérieure aux autres en soi
Un poème entier en rimes riches sonne parfois artificiel, comme un exercice de virtuosité plutôt qu'un texte habité. À l'inverse, des rimes pauvres bien placées, portées par un rythme juste, peuvent suffire à un poème entier. Le choix dépend de l'effet cherché : légèreté, gravité, ironie.
Comment vérifier la catégorie d'une rime
Comparez les sons de la fin de chaque vers en partant de la dernière voyelle accentuée, et comptez combien de sons identiques se suivent avant elle. L'analyse de La Plume classe automatiquement chaque paire de rimes en pauvre, suffisante ou riche pendant que vous écrivez, ce qui permet de repérer d'un coup d'œil si un poème varie ses rimes ou s'appuie trop sur une seule catégorie.
Varier consciemment les trois niveaux, plutôt que de viser systématiquement la rime la plus riche possible, est souvent ce qui distingue un poème vivant d'un exercice de style.