La prosodie est l'étude des sons de la parole indépendamment de leur sens : leur durée, leur intonation, leur accent, leur enchaînement. En poésie, c'est ce qui fait qu'un vers se prononce d'une certaine façon plutôt que d'une autre.

Une distinction utile : prosodie et métrique

La métrique compte et organise les syllabes ; la prosodie s'intéresse à la façon dont elles se prononcent réellement — leur longueur, leur intonation, les liaisons entre les mots. Deux vers du même mètre peuvent avoir une prosodie très différente selon leurs sonorités.

Les liaisons et les enchaînements

En français, un mot se termine parfois par une consonne qui ne se prononce que devant un mot commençant par une voyelle (« les amis » se prononce « lé-za-mi »). Ces liaisons changent la façon dont un vers s'enchaîne à l'oral, et un poète attentif à la prosodie en tient compte en composant.

Les allitérations et les assonances

Répéter un même son consonne (allitération) ou une même voyelle (assonance) tout au long d'un vers crée un effet sonore qui renforce le sens. « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » (Racine) fait siffler le [s] tout au long du vers pour imiter littéralement le bruit qu'il décrit.

Le débit et le silence

La prosodie inclut aussi le rythme de la lecture à voix haute : où l'on ralentit, où l'on marque un silence, où l'on accélère. Un vers court après une série de vers longs ralentit le poème rien que par sa brièveté, avant même qu'on en lise le sens.

Comment travailler sa prosodie

La meilleure méthode reste de lire son propre poème à voix haute, plusieurs fois, en écoutant où la langue trébuche. Un vers qui sonne bien à l'œil sonne parfois mal à l'oreille une fois dit — c'est précisément ce que la prosodie permet de repérer, et qu'aucun compte de syllabes ne révèle à lui seul.

La métrique donne au vers sa charpente ; la prosodie lui donne sa voix. Les deux ensemble font la musique d'un poème.