Compter les syllabes d'un vers français a ses pièges, et ce sont eux qui rendent l'exercice difficile — pas le comptage lui-même.
La base : une syllabe par voyelle prononcée
« Chat » fait une syllabe, « chatte » aussi (le e final ne se prononce pas devant une consonne muette), « fenêtre » en fait deux : fe-nêtre.
Le e muet compte, sauf en fin de vers
C'est le piège le plus fréquent. Dans « une rose pâle », le e de « rose » se prononce devant une consonne : u-ne-ro-se-pâle, cinq syllabes. Mais en fin de vers, ce même e ne compte jamais : « Demain, dès l'aube » se termine bien sur une syllabe sonore, pas sur un « e » muet supplémentaire.
Le e muet disparaît aussi devant une voyelle
Dans « une âme », le e de « une » s'efface devant le a : u-n'âme, deux syllabes et non trois. C'est ce qu'on appelle l'élision.
La diérèse et la synérèse font varier le compte
Certains mots comme « lion » ou « prière » peuvent se prononcer en une syllabe (synérèse : « lion » = ljɔ̃) ou en deux (diérèse : « li-on »), selon ce que le mètre du vers exige. Un poète classique choisit l'une ou l'autre pour que le vers tombe juste sur douze ou dix syllabes.
Vérifiez à l'oreille, puis à l'outil
La meilleure vérification reste de scander le vers à voix haute en tapant chaque syllabe du doigt. Pour aller plus vite, ou pour confirmer un compte incertain sur un e muet ambigu, l'onglet Écrire de La Plume compte les syllabes de chaque vers en temps réel pendant que vous tapez, e muets et diérèses inclus.
Une fois cette mécanique acquise, elle devient un réflexe — et c'est elle qui permet ensuite d'écrire un alexandrin ou tout autre mètre en connaissance de cause.