Les manuels en recensent plus d'une centaine ; un poète en emploie couramment une dizaine. Une figure de style n'est pas un ornement qu'on ajoute à un texte fini : c'est une manière de dire qui change ce que la phrase fait au lecteur. Voici celles qui comptent vraiment en poésie, regroupées selon ce qu'elles font.
Les figures d'analogie : rapprocher
La comparaison relie deux réalités par un outil visible — comme, tel, pareil à : « la ville dort comme un chien sous la table ». La métaphore supprime l'outil et pose les deux termes l'un sur l'autre : « la ville, chien endormi sous la table ». La personnification prête à une chose des gestes ou des sentiments humains : « la pluie hésite au bord du toit ». L'allégorie, enfin, donne un corps à une idée abstraite, souvent avec une majuscule : la Mort qui fauche, la Justice aux yeux bandés. Ces quatre figures font le même travail — faire voir une chose à travers une autre — avec des degrés d'audace différents.
Les figures d'opposition : faire frotter
L'antithèse oppose deux termes dans une même phrase : « le jour je ris, la nuit je compte mes pertes ». L'oxymore va plus loin et soude deux mots contradictoires dans un même groupe, comme « cette obscure clarté » du Cid de Corneille. Le chiasme croise deux paires de mots en miroir, sur le modèle A-B-B-A : « il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », dit-on dans L'Avare de Molière. Ces figures conviennent aux sentiments partagés, à tout ce qui ne se dit pas d'un seul mot.
Les figures d'insistance : répéter
L'anaphore reprend le même mot ou le même groupe en tête de plusieurs vers ; c'est la figure de l'incantation, de la litanie, du discours qui monte. L'accumulation empile les termes pour donner une impression d'abondance ou de chaos ; la gradation les ordonne en intensité croissante : « un murmure, une plainte, un cri ». L'hyperbole exagère volontairement : « j'ai mille ans de fatigue dans les jambes ». Le danger, ici, est l'usure : une anaphore de trois vers saisit, une anaphore de vingt vers endort — sauf si l'engourdissement est le sujet.
Les figures d'atténuation : dire moins
La litote dit moins pour faire entendre plus : le célèbre « Va, je ne te hais point » de Chimène, dans Le Cid, signifie bien davantage qu'une absence de haine. L'euphémisme adoucit une réalité pénible : « il nous a quittés » pour « il est mort ». Ces figures sont précieuses en poésie, où ce qui est tu pèse souvent plus lourd que ce qui est dit.
Les figures de substitution : remplacer
La métonymie désigne une chose par une autre qui lui est liée : « boire un verre », « toute la salle applaudit ». La synecdoque, souvent rangée avec elle, prend la partie pour le tout : « une voile à l'horizon » pour un bateau. La périphrase remplace un mot par une expression qui le décrit : « l'astre du jour » pour le soleil. Ce sont les figures les plus discrètes, et celles qui vieillissent le plus vite : les périphrases du XVIIIe siècle font aujourd'hui sourire.
Les figures de son
L'allitération répète des consonnes, l'assonance des voyelles ; elles font entendre ce que les mots disent. Elles méritent un article à part, parce qu'elles touchent à la musique même du vers.
Reconnaître une figure ne suffit pas
En classe, on apprend à repérer les figures ; en écrivant, la seule question qui compte est : qu'est-ce que celle-ci fait au lecteur ? Une figure qui ne change rien à la lecture est une décoration, et la décoration est ce qui date le plus vite un poème. Au moment de relire, soulignez chaque figure de votre texte et demandez-vous si la phrase plate dirait la même chose. Si oui, préférez la phrase plate.
Les figures de style sont des outils, pas des preuves de talent. Un poème peut n'en contenir aucune et bouleverser ; il peut en aligner vingt et laisser froid. Ce qui compte n'est pas leur nombre, c'est leur justesse.